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Crise sécuritaire et défi de la cohésion sociale : les journées de dialogue intercommunautaire de Fada mettent en branle une machine de paix

Tribune d’échange sur la cohésion sociale et la paix, les journées de dialogue intercommunautaire de Fada se sont tenues les 13 et 14 juillet 2020 à Fada sur initiative du Conseil municipal. Durant ces deux jours de travaux, autorités administratives, politiques, religieuses et coutumières, représentants des trois communautés ethniques composant la commune et acteurs de la société civile ont fait un diagnostic sans complaisance du vivre-ensemble dans la commune et ont dégagé les opportunités de résolution des crises aussi bien du point du vue de la Loi moderne que de celle traditionnelle. Le processus a conduit à la mise en place d’un comité de dialogue et de médiation.

Tanwalbougou, Nagré ou encore Natiaboani ! Des noms que les Burkinabè ont appris à prononcer dans la douleur. Jadis paisibles, ces villages, à l’instar de plusieurs autres localités de la commune urbaine de Fada, ont subi et continuent de subir les affres et horreurs des attaques terroristes. La déchirure sociale est perceptible par endroits, avec son lot important de conséquences. La mairie de Fada N’Gourma, initiatrice de l’activité qui a obtenu l’accompagnement technique et financier de la Coopération suisse à travers le programme d’appui à la Décentralisation et à la Participation citoyenne, phase 2 (DEPAC-2) mis en œuvre par le Laboratoire Citoyennetés, entend donc mettre le garrot sur la blessure.

Placée sous le patronage de Mathias TANKOANO, Président du Conseil supérieur de la Communication, cette grand-messe du dialogue est articulée autour du thème : « Quelle contribution des communautés et des acteurs institutionnels au renforcement de la cohésion sociale dans la commune de Fada N’Gourma ». Et ce pour stimuler une recherche collective de voies et moyens à la restauration de la paix et à la cessation des actes barbares de tueries.

Une crise multidimensionnelle aux conséquences graves
L’édile de Fada, Jean-Claude LOUARI, a dressé l’état des lieux de la situation sécuritaire dans sa commune. Il a expliqué que le Burkina Faso, et la région de l’Est en particulier, fait face à des attaques terroristes barbares d’une violence inouïe. Autrefois orientées vers les Forces de défense et de sécurité, ces attaques se sont successivement et progressivement tournées vers les populations civiles qui n’ont eu d’autre choix que de partir et de laisser tout derrière elles. Ces attaques terroristes ont entraîné des pertes énormes en vies humaines, de nombreux déplacements massifs de populations, de fermeture d’églises, de temples et de mosquées, le tout couronné par une crise de confiance mettant à mal la cohésion sociale.

Ils sont venus des différentes localités de la commune, des régions et même au-delà.

« Comme partout ailleurs, les terroristes ont tué quelques-uns d’entre nous et nous ont laissé le soin de nous entre-tuer à leur place après leurs actions. Aujourd’hui, le Gourmantché ne fait plus confiance au Peul, parce qu’il l’accuse de complicité ; le Peul ne fait plus confiance au Mossi, parce qu’il l’accuse de stigmatisation ; il l’accuse de violence gratuite. Le Mossi accuse le Gourmantché d’offrir aux terroristes gîte et couvert », a-t-il déploré.

« Si nous ne travaillons pas à protéger notre vivre-ensemble, nous mourrons comme des idiots », a martelé le maire de Fada, Jean-Claude LOUARI.

Un diagnostic méthodique et sans complaisance de l’état du vivre-ensemble
Dans le processus préparatoire des journées de dialogue, un collège de médiation composé majoritairement de leaders religieux, dont le Révérend Pasteur Namihamia Albert YONLI de l’Eglise évangélique Slim, El Hadji Aboubacar KINA, Grand Imam de Fada, présidé par Monseigneur Yempabou Pierre-Claver MALGO, évêque de Fada, a rencontré les acteurs communautaires, les Forces de défense et de sécurité et les Volontaires pour la défense de la patrie pour les écouter. De la communauté peule à la communauté gourmantché, en passant par celle mossi, toutes sont unanimes sur les constats, les manifestations ou les difficultés liés au terrorisme et à l’extrémisme violent sur le terrain : les problèmes sont légion et le tissu social est en déliquescence. Entre autres problèmes soulevés par la restitution faite par l’Abbé Etienne TANDAMBA, membre du groupe de médiation, on retient l’insécurité généralisée ; l’impossibilité pour les femmes de se rendre en brousse pour chercher de la nourriture au risque d’être tuées ou violées ; l’impossibilité pour les paysans d’aller au champ pour cultiver ; le problème foncier, chaque communauté, surtout peule et mossi, voulant travailler à chasser l’autre pour avoir plus d’espace pour son activité ; la présence des bandits qui profitent du chaos pour voler et piller ; la stigmatisation ; le déséquilibre de l’information. « Heureusement que tous aspirent à la paix », s’est réjoui Monseigneur MALGO.

Les différentes communautés sont unanimes pour un retour à la paix.

Toutes les communautés encouragent à une promotion de la vérité, de la justice et de la sincérité, mais relèvent la méfiance entre communautés comme un handicap. Elles expriment par ailleurs la volonté de faire front commun contre le terrorisme. Tout en se disant prêtes à pardonner tous les torts subis, les communautés mossi et gourmantché exigent entre autres la restitution des biens confisqués et s’insurgent contre le déséquilibre de l’information. La communauté peule, quant à elle, en appelle à des rencontres entre les leaders communautaires dans les villages et interpelle les autorités régionales à vérifier les allégations d’exaction et condamne la stigmatisation à laquelle elle est exposée.

C’est pourquoi le collège de médiation a mis un point d’honneur à faire des recommandations :
Pour le problème foncier, ils suggèrent de s’en remettre aux autorités compétentes (administratives ou coutumières) pour une juste répartition des terres et le respect des zones réservées à des activités précises (zone agricole, zone pastorale, réserves forestières)
• D’assurer la libre circulation des personnes et des biens à travers tout le pays, et plus particulièrement dans la région de l’Est
• Restaurer l’autorité de l’Etat
• S’assurer de la restitution des biens confisqués
• Inviter les leaders religieux à contrôler les différents prêches au sein des communautés
• Renforcer les poursuites des délits sur les réseaux sociaux
• Inviter chaque leader religieux ou communautaire à lancer un appel à la paix
• Inviter la presse à un traitement équilibré de l’information et le CSC à un contrôle rigoureux de l’information publiée par les médias
• Promouvoir la vérité, la justice et la sincérité dans la recherche de la paix
• Accueillir le pardon comme une condition nécessaire pour la paix
• Revoir l’éducation donnée aux enfants
• Accélérer le traitement des dossiers pendants en justice
• Créer les conditions pour un bon retour des déplacés
• Impliquer toutes les communautés à la lutte contre le terrorisme

La mise en place d’un collège de dialogue et de médiation et le vote d’une résolution pour inhumer tous les corps des victimes et victimes collatérales du terrorisme sont les principales conclusions des journées.

L’Evêque MALGO entouré du Grand Imam KINI et du Pasteur YONLI (à droite). Le Pasteur YONLI est désigné par consensus pour présider au destin du Collège de dialogue et de médiation pour les deux ans à venir.

Un collège provisoire de 4 personnes désignées par consensus et présidé par le Pasteur Albert YONLI
L’ambition de porter sur les fonts baptismaux un comité de dialogue et de médiation dans la commune de Fada est désormais une réalité. Il a été discuté des critères de désignation de ses membres, de ses attributions et de son fonctionnement. C’est l’un des principaux acquis de ces journées. Composé de trois vice-présidents, dont les responsables religieux - l’Imam Aboubakar KINI, le Cheick de Tanwalbougou et l’Évêque Pierre-Claver MALGO -, ce collège provisoire travaillera en étroite collaboration avec les différentes autorités à la mise en œuvre des principales recommandations en attendant de compléter les dix (10) autres membres conformément au document adopté. Les conditionnalités stipulent que les membres du collège doivent être des personnes de nationalité burkinabè, résidant dans la région, de bonne moralité, n’avoir jamais été condamnées pour une peine touchant à l’honneur et à la probité, et n’être pas membres d’un parti ou formation politiques.

Appel de chaque responsable religieux à sa communauté
Les quatre leaders religieux ont tour à tour pris la parole pour lancer un appel à la paix, à la cohésion à sa communauté. Le Cheick de Tanwalbougou, empêché et représenté pendant les débats, a fait son appel en direct par appel téléphonique depuis son village.

Une déclaration commune a été adoptée
Une autre lueur qui fait espérer de beaux jours pour le vivre-ensemble a été la déclaration commune, déclinée en une dizaine de points, adoptée par consensus. Toutes les parties « s’engagent » en résumé à taire leurs divergences et méfiances pour faire front commun contre l’ennemi qu’est le terrorisme.

Les conciliabules ont été au rendez-vous. Ici, les modérateurs en concertation avec les responsables communautaires et religieux pour surmonter une difficulté.

Véritables moments d’échange, ces journées ont réuni plus d’une centaine de personnes et ont connu la participation effective de sommités comme la ministre déléguée chargée de la Décentralisation et de la Cohésion sociale, Madiara SAGNON/TOU, le Gouverneur et les hauts-commissaires de la région de l’Est, des députés à l’Assemblée nationale, des Forces de défense et de sécurité. Les différentes activités ont été modérées par Abdoul SANGO, ministre de la Culture, des Arts et du Tourisme, et du journaliste Germain Bitiou NAMA.

Ils espèrent tous que ces deux jours de débats intenses, d’écoute, de dialogue franc, et surtout de pardon, porteront un résultat sur le terrain, et que les recommandations permettront de ressouder ce tissu social en déliquescence dans certaines localités de la commune de Fada, car « les sources et ressources endogènes sont riches pour la résolution des conflits, pour peu que nous acceptions de nous asseoir », explique l’un des participants, Dr Justine KYÉLEM/COULDIATI.

Tûwênd-Nooma Jean Damase ROAMBA, Observateur Civitac, région de l’Est

     

 

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