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Burkina Faso : la filière lait encore plus menacée avec la Covid-19

Le secteur laitier au Burkina n’a pas résisté à la crise de la Covid-19. Les mesures de riposte au plan local ont fortement réduit le pouvoir de production et de transformation des acteurs de la filière. Les pertes enregistrées sont énormes. Pire, le dumping du lait en poudre stocké massivement pendant le confinement en Europe risque de mettre davantage en péril le secteur.

La pandémie de la Covid-19 n’a épargné aucun secteur d’activité. Le secteur laitier n’a pas fait l’exception. Il faut le rappeler, entre mesures barrières prises dans la lutte contre la pandémie dans notre pays, mise en quarantaine des villes ayant enregistré des cas ou fermetures des frontières et des points d’échanges commerciaux, les producteurs locaux de lait ont traversé une zone de turbulence en dehors des problèmes initialement inhérents au secteur.

« Nous avons très mal vécu la crise […] Cette période a été catastrophique », s’indigne Adama Ibrahim DIALLO, responsable de la mini-laiterie Kossam Yadega et également président de l’Union nationale des mini-laiteries et des producteurs de lait local du Burkina Faso (UMPL/B). En effet, les mesures anti-Covid-19 ont négativement influencé le business des transformateurs du lait local. Primo, la quarantaine et la fermeture des marchés ont fait baisser les chiffres ; et les pertes financières étaient énormes. « Nous avons perdu 75% de notre marché à cause du confinement de la ville de Bobo-Dioulasso », témoigne Madame Hazara TOÉ dans le cadre de l’étude sur l’impact de la crise de la Covid-19 sur les femmes en Afrique de l’Ouest. M. DIALLO, quant à lui, se montre plus précis. « En 3 mois, nous avions perdu plus de 7 millions », affirme-t-il. Deuxio, certains transformateurs ont investi à perte dans la production du lait, comme l’explique le président de l’UMPL/B : « Depuis le mois de janvier, nous avons doté nos producteurs en aliments de bétail pour renforcer la production laitière. Nous leur donnions à crédit pour qu’ils puissent rembourser avec du lait. Mais nous avions été malheureusement obligés de suspendre cette production. Nous avons perdu notre marché et notre lait. Mais nous ne pouvions pas demander aux producteurs de rembourser l’aliment de bétail ». La situation a provoqué la fermeture de plusieurs mini-laiteries, mettant ainsi en péril l’emploi de plusieurs personnes, notamment des femmes.

En ce qui concerne la production, les traites étaient devenues de plus en plus difficiles à cause des mesures. Issoufou PORGO, secrétaire permanent de la Confédération paysanne du Faso, explique que « Les traites se font tôt le matin et souvent tard le soir. Dans les grandes villes comme Ouagadougou, les fermes sont situées dans les périphéries. Avec le couvre-feu, les producteurs laitiers ne pouvaient plus se rendre tôt le matin à leur ferme, et les soirs, il fallait rentrer plus tôt que prévu ». Comme conséquence, de nombreuses familles ont perdu leur moyen de subsistance. Dans le cadre de l’étude sur l’impact de la pandémie sur les femmes ouest-africaines, Kadidia DIALLO, une productrice laitière, a affirmé avoir du mal à donner à manger à ses enfants. « Nous sommes totalement dépendants de la vente de lait, et avec la fermeture des marchés, nous ne pouvions plus vendre le lait. Si nous ne vendons pas de lait, nous ne mangeons pas », dit-elle.

© Dr Ibrahim BOGRÉ

S’adapter aux nouvelles exigences de la crise
Afin d’atténuer l’impact de la maladie sur les acteurs économiques locaux, le gouvernement burkinabè a adopté des mesures d’accompagnement au profit des entreprises. Malheureusement tous les secteurs n’ont pas été pris en compte. Précisément, les ressources animales et ses démembrements semblent avoir été délaissés. Le secrétaire permanent de la Confédération paysanne du Faso évoque un manque d’accompagnement au profit de la production ; même s’il avait été prévu, au titre des mesures de soutien à la relance de l’économie, une acquisition d’intrants agricoles et d’aliments pour bétail pour le soutien à la production vivrière et pastorale, d’un montant de 30 milliards de francs CFA. « Il n’y a pas eu de grandes subventions pour la production animale en matière d’accès d’aliments à bétail » dit-il. Les transformateurs du lait local, quant à eux, n’ont ni bénéficié des mesures fiscales et de l’accès au financement, ni des mesures de soutien à la relance de l’économie. « Nos entreprises sont petites et tout ce qui a été annoncé comme aide aux entreprises ne nous a pas concerné », s’offusque le président de l’UMPL/B.

Au regard de la situation qui a prévalu, les principaux concernés ont mené des réflexions à l’interne dans le but d’élaborer des stratégies curatives et/ou préventives au mal qui paralyse leur secteur d’activité.

La première stratégie adoptée est l’anticipation. Il est question ici d’œuvrer à ce que les producteurs aient normalement accès à leur ferme pour la traite même en situation de restriction de la mobilité humaine. Pour cela, il faut « demander des dérogations spéciales à l’avance », selon M. DIALLO.

La deuxième stratégie consiste en la transformation du lait en ses produits dérivés pour éviter les grandes pertes, vu que le lait brut est une denrée fortement périssable. Mais les Burkinabè devraient changer leurs habitudes alimentaires.
Enfin, il est question d’adopter des stratégies marketing et commerciales innovantes pour vendre plus vite. M. Ibrahim DIALLO explique : « Nous avons décidé de privilégier les abonnements du lait, c’est-à-dire passer de porte en porte pour déposer du lait selon la quantité demandée. Nous allons aussi aller vers les ventes en ligne. »

Ces stratégies vont permettre aux producteurs et aux transformateurs du lait local de se relancer peu à peu. Cependant, il faudra affronter une ancienne menace devenue de plus en plus inquiétante depuis l’avènement de la Covid-19.

Faire face au ‘’faux lait’’ européen
Les producteurs et transformateurs laitiers ouest-africains en général et burkinabè en particulier s’inquiètent déjà d’une éventuelle concurrence du lait en poudre enrichi à l’huile de palme venant d’Europe comme conséquence des effets de la crise sanitaire. Cette concurrence existait déjà, mais la crise sanitaire risque de l’amplifier.

En effet, depuis 2015, l’Europe connaît une hausse de sa production laitière avec la fin des quotas laitiers. Dans le même temps, les industriels européens se ruent sur le marché juteux de beurre en extrayant la matière grasse du lait qu’ils transforment en beurre. Ils se retrouvent ainsi avec un stock important de lait écrémé rengraissé à l’huile de palme et revendu à un prix dérisoire sur le marché ouest-africain. Ce "faux lait’’, qui bénéficie d’un droit de douane à seulement 5% à l’importation, empêche le développement de la filière au niveau local.

Depuis le début de l’année, l’on assiste à une surproduction laitière en Europe. Avec le confinement généralisé et l’arrêt de l’exportation, la Commission européenne a décidé d’activer une mesure d’aide au stockage privé pour le lait écrémé en poudre. Qui dit stockage aujourd’hui, dit déstockage demain à un prix encore plus bas. Cette politique européenne est une véritable menace pour le secteur du lait ouest-africain en général et burkinabè en particulier, car ces stocks de poudre de lait seront exportés massivement vers le continent, ruinant les éleveurs locaux, déjà mis à mal par la crise sanitaire, qui les touche de plein fouet.

Des ONG et même des producteurs laitiers européens - qui sont aussi victimes de la surproduction - se sont insurgés. Au Burkina Faso particulièrement, les producteurs et transformateurs du lait prônent, il y a environ 4 ans, la valorisation équitable du lait local à travers la création du label FaireFaso, pour fédérer les efforts de lutte avec les producteurs européens.

Le label FaireFaso a été créé en 2016 en association avec les labels FaireFrance, FaireBel… pour défendre leur destin commun.

Ce label vise à responsabiliser les consommateurs burkinabè. Et avec la menace qui plane actuellement sur le secteur, M. Adama Ibrahim DIALLO fait appel à la fibre patriotique. « Ce sont les consommateurs qui devront faire la différence entre le lait importé et le lait local. Nous n’avons pas les moyens d’empêcher les Européens d’envoyer leur lait, mais nous pouvons conscientiser nos consommateurs à consommer le lait local pour aider à développer des familles au Burkina Faso », soutient-il.

Si les acteurs du lait attendent des consommateurs un choix responsable, ils n’en attendent pas moins des gouvernants. « Nous avons décidé de faire un plaidoyer auprès de l’Etat afin d’avoir les marchés institutionnels. Ces marchés institutionnels pourront aider les mini-laiteries et les producteurs à développer leur production », explique M. Diallo, tout en insistant sur le fait que le monopole du marché institutionnel (établissements d’enseignement, hôpitaux et centres de santé communautaires…) contribuera à préparer les consommateurs de demain (les enfants) du lait local.

De leur côté, les ONG et autres militants, en coalition avec les laitiers européens, tirent la sonnette d’alarme auprès des politiques de l’Europe pour qu’ils sachent l’impact de leur politique sur la filière du lait local en Afrique. Outre cela, au niveau régional, ils mènent des plaidoyers auprès des décideurs politiques afin que la filière lait local soit protégée. A cet effet, ils réclament un changement de la politique commerciale et fiscale régionale qui se traduirait par une augmentation des droits de douane à l’importation du lait en poudre (actuellement fixés à 5% seulement). Pour l’instant, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) n’adhère pas à cette solution, estimant la production locale insuffisante pour satisfaire la demande. Les efforts sont alors concentrés sur une politique régionale visant à booster la production. La route vers une consommation globale du lait local au Burkina Faso est encore longue.

Ecrit par Dieudonné Édouard SANGO, Journaliste agricole

     

 

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