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Loroum (Nord) : « Des arbres plantés partout chaque année, mais des arbres nulle part

Au Loroum, comme dans la plupart des localités du Burkina Faso, à chaque saison pluvieuse, surtout au mois d’août, des arbres sont plantés. Ce constat nous a amené à faire un tour aux alentours de Titao, province du Loroum, pour nous imprégner de la campagne de reboisement dans la province. Nous trouvons à cet effet, ce dimanche 08 août 2021, Nebnoma Abasse ZIDA aux encablures de la ville, en train de planter des arbres. Nebnoma Abasse ZIDA, connu dans la ville de Titao pour son humour et ses actes de sensibilisation dans divers domaines à l’endroit de la population, est animateur à la Radio Voix du Loroum et metteur en scène à l’Atelier Théâtre du Loroum. Il accepte de s’ouvrir à nous.

Pouvez-vous nous dire ce qui vous motive à venir planter des arbres sur ces lieux aujourd’hui ?
N. A. ZIDA : « C’est une décision personnelle. Chaque année, je le fais parce que je connais l’importance d’un arbre ».

Et comment expliquez-vous qu’il y ait autant d’arbres plantés chaque saison hivernale, mais que le manque à gagner demeure énorme ?
N. A. ZIDA :«  Il faut tout d’abord ne pas occulter le manque d’intérêt pour certains citoyens de planter un arbre. C’est au temps de Thomas Sankara que les gens avaient de l’engouement autour du reboisement. De nos jours le constat est amer. Les jeunes préfèrent boire du thé. Pour revenir à ton inquiétude, aujourd’hui, je doute de la sincérité des planteurs d’arbres. Des gens qui vont faire un cortège de plus de 30 véhicules, effectuer plus de 100km pour aller planter des arbres et aucun parmi eux ne va survivre. N’est-ce pas une perte ça ? C’est juste de la propagande. Au Loroum ici, des milliers d’arbres ont été plantés. Si ces arbres avaient survécu, aujourd’hui, on serait logé au milieu d’une forêt. Malheureusement, on ne voit rien. Au contraire, nos arbres fruitiers (Karité, Néré, etc.) ont disparu en espace de 30 ans. Je crains pour nos futurs enfants ».

N.Abasse ZIDA en train de planter un nimier.

La participation active des populations au reboisement a-t-elle diminué selon vous ?
N. A. ZIDA : « Absolument ! Voyez par exemple, le projet initié en 1994, baptisé « 8000 villages, 8000 forêts » avait pour but de donner une forêt à chacun des 8 000 villages du Burkina Faso. Mais, où en est-on aujourd’hui ? On s’en rend compte que ce n’était que des mots. Chaque village n’a même pas un seul bosquet. Certains trouvent que c’est une perte de temps que de planter un arbre ; d’autres plantent mais, ils n’entretiennent pas. C’est donc, des arbres plantés partout chaque année, mais des arbres nulle part. A Titao, en son temps, c’était dans la forêt de Toulfé (un village situé à 15km de Titao) qu’ils avaient planté. Les gens ne l’ont pas déboisée, juste parce que c’était une forêt interdite ».

Est-ce que les populations bénéficient d’une sensibilisation comme au temps de la révolution ?
N. A. ZIDA :«  Il faut dire que les populations sont à l’image de leurs dirigeants. Si les dirigeants sont sincères dans cette lutte contre la désertification, les populations le seront également. Mais, comme je l’ai expliqué, les gens ont pris la plantation des arbres comme une affaire de propagande. Il faut aussi noter qu’avant , les agents forestiers se rendaient dans les villages pour sensibiliser la population vis-à-vis de leur environnement. Et beaucoup d’Organisations Non Gouvernementales œuvraient également dans ce sens ».

Aujourd’hui, tout le monde continue de se plaindre du manque d’intérêt des populations pour planter, entretenir ou protéger les arbres. Qu’est-ce qui peut expliquer cette attitude, selon vous ?
N. A. ZIDA : « Dans notre contexte actuel, je peux dire que c’est l’insécurité qui a diminué les efforts dans ce domaine. Mais, les gens sont aussi aujourd’hui dans une sorte d’individualisme accru, le travail collectif n’existe pratiquement plus. C’est pourquoi, quand on plante en commun, il n’y a pas de volontaires pour entretenir. En plus de cela, j’ai l’impression que c’est culturel. Dans nos habitudes, si ce n’est pas le verbe couper, il n’existe pas celui planter. La nature nous donnait tout, donc ce n’était pas à nous de lui donner. Or, planter c’est de lui donner (rire) ».

Zida montre l’exemple à suivre pour un Loroum vert.

Que faire face à cette situation ?
N. A. ZIDA : « Il faut passer par la sensibilisation. La répression n’est pas souvent une solution face à la coupe abusive des bois. Il faut aussi sensibiliser sincèrement sur l’importance de la forêt. Il faut inclure l’aspect de la protection de l’environnement dans les modules d’enseignements. Le modèle Sankara pourra inspirer nos jeunes. Enfin, nos dirigeants doivent trouver un mécanisme pour entretenir les arbres qu’ils vont planter. A ce niveau, à la fin d’une séance de reboisement, ils peuvent recruter quelques volontaires pour qu’ils s’occupent de ces plantes pendant au moins 02 ans. Cela crée des emplois et les plantes également vont survivre ».

Abdoulaye OUEDRAOGO, Observateur Civitac, Titao

     

 

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