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Fada N’Gourma : Collecteur de peaux brutes, un métier en voie de disparition

Pays à fort potentiel pastoral, le secteur de l’élevage constitue un pilier important de l’économie nationale burkinabè. En 2018 le ministère en charge des ressources animales, avait relevé que l’élevage contribue pour plus de 18% à la formation de la valeur ajoutée nationale dont 12% pour les animaux sur pied et 6% pour les cuirs et peaux. La filière cuirs et peaux y tient donc une place de choix. Bien plus, beaucoup de personnes y tirent un revenu substantiel, en amont et en aval de la production. Mais la raréfaction des collecteurs locaux de peaux brutes qui sont un maillon fort de la chaine de valeur, semble vivement menacer l’avenir de la filière.

A Fada N’Gourma, le « vieux » Arouna OUÉDRAOGO est le seul collecteur et revendeur de cuirs et peaux toujours en exercice. La région de l’Est a pourtant, un avantage comparatif reconnu dans le domaine des ressources animales. Cet après-midi-là, dans son modeste magasin situé au secteur 7 de la ville et qui lui sert d’entrepôt et de site de travail, le vieux Arouna et trois jeunes garçons assis à même le sol, s’affairent à saupoudrer de sel des dizaines de peaux humides de moutons et de bœufs fraîchement récoltées. Une technique locale utilisée pour prévenir la décomposition avant la vente et permettant de conserver les peaux fraiches pendant 60 jours ou 30 jours en fonction de la période de l’année. Depuis plus de 30 ans, c’est le même processus qu’il a toujours utilisé à une petite différence près. Jusqu’aux années 2010, après avoir récupéré les peaux fraiches, il procédait ainsi artisanalement au séchage de la marchandise.

Séchage artisanal des peaux avant vente

Pendant 03 à 04 jours [que l’on soit en saison sèche ou pluvieuse], chaque peau était exposée au soleil après avoir été enduite de sel. Une fois séchées, ces peaux étaient stockées, puis vendues à la pesée ou à l’unité. Mais depuis quelques années, les peaux récoltées pour la grande majorité sont vendues humides avec les artisans locaux, faute d’acheteurs.
La soixantaine bien tassée, l’homme de Zangueto [ndlr villag situé dans le centre-ouest du pays] regrette de ce que le métier qu’il exerce depuis 33 ans est en train de disparaitre. « Aujourd’hui, vous ne verrez pas un jeune qui veut collecter et vendre des peaux. », s’inquiète-t-il. Et d’expliquer que cela ne présage rien de bon pour l’avenir du cuir. Malgré l’enthousiasme et l’optimisme des autorités pour la filière, il est convaincu que le marché du cuir s’est effondré.

Ce jeune qui est employé saisonnier appui de temps en temps le vieux mais confesse ne pas vouloir en faire un métier, car non rentable.

Nostalgique, il se souvient des périodes fastes du métier dans les années 88 où des acheteurs étrangers venaient en hélicoptère jusqu’à son atelier à Fada N’Gourma pour charger les peaux.

Lente descente aux enfers
En 1996, la société Tan-Aliz voit le jour, suite à la privatisation de deux sociétés publiques : la Société burkinabè des peaux et cuirs (SBPC) et la Société burkinabè de manufacture des cuirs (SMBC). Tan Aliz a donc été jusqu’à la chute du régime COMPAORE en 2014, la seule entreprise moderne à caractère industriel sur la filière cuirs et peaux. « C’est Tan-Aliz qui a commencé à gâter notre métier, à [ndlr. aliéner les petits collecteurs] », déplore-t-il, le regard amer. Il se souvient que pendant deux décennies, dans sa politique de développement de la filière cuir et peaux et de ses chaines de valeur, l’Etat du Burkina Faso a fait l’expérience de prioriser la transformation des peaux et cuirs sur le territoire burkinabè au détriment de l’exportation des peaux brutes. Selon un rapport de la FAO, la société Tan Aziz qui était dans une situation de monopole, traitait 85% des peaux collectées dans le pays et les 15% restant étaient traités selon des techniques artisanales pour alimenter l’activité de la chaussure et autres produits de l’artisanat local. Conséquence, les comptoirs étrangers d’achat de cuirs et peaux pour l’exportation ont tous fermé. Ce fut le début de la descente aux enfers pour les collecteurs locaux. « Si au moins les acheteurs étrangers venaient toujours, si l’on n’a pas son compte avec tel acheteur, on le trouvera avec tel autre. », fait remarquer Arouna OUÉDRAOGO.

Le vieux Arouna dans son atelier à Fada N’Gourma

Quand il commençait son métier de collecteur de peaux en 1988, le cuir était de l’or, qui attirait les plus gros acheteurs de l’époque comme la SOSIB, l’établissement KABORÉ Sââna et frères, la SACOB, le centre Athanase (ndlr. Tous disparu aujourd’hui), et pleins d’Occidentaux. Et eux ils achetaient « cash. », se remémore le soixantenaire. Avec la fermeture brutale de l’usine de la société Tan-Aliz en 2014, la situation ne s’est guère améliorée. En cause, beaucoup de factures impayées non jamais été honorées par la société. Pire, personne ne voulait plus de cuirs ni de peaux. Les prix des cuirs et peaux ont alors périclité, poussant la grande majorité de collecteurs à mettre la clé sous le paillasson pour tenter leur chance en ville, dans des sites d’orpaillages ou sur des sites de cultures comme BAGRÉ. Tout comme le vieux OUÉDRAOGO, il y avait 03 collecteurs à Fada, tous venus de Zangueto. Depuis, les deux autres sont partis se chercher ailleurs. « Qui peut leur en vouloir, hein ? », interroge le vieux, taquin. Les cuirs qu’ils achetaient en 1988 à 500 FCFA et mille FCFA pour revendre à 1500 FCFA, 1700 FCFA et même 2000 FCFA ont vu leur valeur se déprécier.

Problèmes de stocks
A l’instar de ses rares pairs qui n’ont pas voulu lâcher le métier, le vieux OUÉDRAOGO s’est donc focalisé sur le marché local en dépit de la difficile situation de mévente. En cause, la conjoncture actuelle de la vente des cuirs est une grosse épine dans le pied du businessman. Les tentatives d’exportation de ses peaux sur les pays voisins se sont révélées infructueuses et la fermeture des frontières en 2020 pour cause de Covid-19 a exacerbé les choses. En 2018, Mona industry, une tannerie industrielle co-dirigée par une Burkinabè, Rose SANOU et un Indien Rajesh Punjabi était portée sur les fonts baptismaux et a relancé la production industrielle de la filière cuir. Mais la bouffée d’oxygène n’a pas été de longue de durée. L’entreprise n’a pas une grande capacité de production comme l’était Tan Aliz. « Ils n’achètent pas les peaux en grande quantité », regrette notre collecteur. Pour pallier la situation de mévente et le problème de stocks, il a opté de reconsidérer son offre et à consentir des sacrifices : « J’ai fait un calcul et ce que je peux supporter, je prends et je revends. » Une large partie de son stock est vendu pour « pas grand-chose » aux ‘zap-râmba’. » Les ‘zap-râmba’ sont des artisans locaux qui épilent et transforment artisanalement les peaux pour confectionner des objets utilitaires comme les sacs, des chaussures et des petits gadgets en cuir, des instruments de musiques ; ainsi que des objets rituels pour la religion coutumière.

Une commande de 200 peaux est prête à être livrée à des artisans locaux à Pouytenga

Il achète actuellement la peau de bœufs à 100 F l’unité pour la revendre à 200 FCFA, 50 FCFA pour la peau des moutons et des chèvres, pour négocier 50 FCFA de marge à la vente. Comme il a duré dans le métier et il s’entend très bien avec les bouchers, il continue à collecter les peaux. Il explique : « Les bouchers ont fait le constat que s’il faut jeter les peaux, dans le mois il leur faut louer un camion pour débarrasser l’abattoir des immondices, ce qui reviendrait bien plus cher. Sans parler de la salubrité et de la santé publiques au cas où ces peaux se retrouveraient dans le barrage (situé à quelques centaines de mètres de l’abattoir). » S’il est toujours « dedans », argue-t-il, c’est surtout par fierté, pour ne pas laisser les nombreuses dépouilles pourrir dans la nature, avec toutes les conséquences sanitaires qui peuvent en résulter. Selon le Dr Moussa OUÉDRAOGO, directeur provincial de l’élevage et des ressources halieutiques du Gourma, son service a décompté pour le 3e trimestre de 2021 [juillet à septembre], 2294, 2624 et 1372 cuirs et peaux respectivement de bovins, d’ovins et de caprins issus du seul abattoir municipal de Fada N’Gourma. Ce nombre se révèle sûrement plus important, quand on ajoute les abattages incontrôlés issus des cérémonies coutumières, religieuses et des réjouissances. Et de se demande ce qu’il en sera pour la filière (cuirs et peaux) dans la région si, un jour pour quelques raisons que ce soient, il n’y avait plus de collecteur.

Dr Moussa OUÉDRAOGO, le directeur provincial d’élevage et des ressources halieutiques du Gourma

Un cri de cœur que les différents acteurs doivent prendre au sérieux pour empêcher « la mort » du métier de collecteur local de cuir. Car, au-delà de son aspect économique, il est évident que la collecte des peaux brutes joue un rôle certain dans la préservation de la salubrité publique. Il est donc urgent pour le ministère des ressources animales et halieutiques, de mettre les bouchées doubles pour mieux accompagner et encadrer les collecteurs locaux - comme le vieux OUÉDRAOGO -. Une action qui permettra de promouvoir la transformation et la commercialisation des cuirs et peaux ainsi que des produits dérivés, pour redorer le blason de la filière cuir, au pays des hommes intègres.

Tûwênd Nooma Jean Damase ROAMBA, Observateur Civitac, Fada N’Gourma

     

 

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