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Diabo : une intrigante affaire de sorcellerie ébranle la commune et inquiète les défenseurs des droits humains

Les accusations de sorcellerie, une gangrène qu’on croyait à jamais loin derrière nous dans la province du Gourma, a émergé des profondeurs des temps anciens et a refait surface, menaçante, à Diabo, une commune située à une soixantaine de kilomètres de Fada N’Gourma.

C’est une sinécure. ‘Voyants’ et ‘thérapeutes puissants’ envoyés par Dieu pour les uns et ‘imposteurs’ pour les autres, si les « O gnogdaano » [guérisseurs en langue gulmancéma] qui règnent en maîtres sur la foultitude de populations médusées de Diabo ne font pas l’unanimité, il est consensuellement admis que leurs pratiques mettent à rude épreuve la cohésion sociale de la bourgade jusqu’à présent épargnée par les affres terroristes. Tout commence timidement courant fin octobre-début novembre 2021. Un, puis deux, puis trois se désignant comme des tradi-thérapeutes drainent des foules, diagnostiquent, administrent des ‘soins’ et opèrent des ‘miracles’. Très vite, ils désignèrent la bête noire à abattre : la sorcellerie, dont ils font le coupable de tous les péchés d’Israël. Les femmes surtout sont les premières et plus grandes victimes de la scabreuse cabale. Chaque vendredi, les victimes-désignées, si elles ne sont pas purement et simplement bannies de la communauté, sont ligotées aux mains et aux pieds et attachées comme de vulgaires voleurs patentés, cruellement fouettées à sang pour, semble-t-il, les exorciser des démons de la sorcellerie qui les habitent, témoigne Emmanuel OUOBA, membre du panel de contrôle citoyen. Très vite, le phénomène clivant occasionne des pertes en vies humaines, dont une jeune fille de neuf ans. Une avalanche de réactions pro ou contre s’abat sur la place publique diabonaise, cristallise le débat et entraîne une vive polémique. Aussi, l’intérêt suscité par le phénomène popularise-t-il les ‘soignants’ d’une autre époque et attire des badauds et la sympathie des villages environnants qui amènent leurs ‘malades’ pour être soignés.

Golbert ZOUNGRANA, Secrétaire général de la mairie de Diabo, a expliqué comment la problématique a été prise en charge par la collectivité dès son apparition.

Les autorités mobilisées pour mettre le garrot
Dès les premiers soubresauts de l’affaire, le préfet, président de l’ODPREGECC (Observatoire départemental de prévention et de gestion des conflits communautaires), et le maire de Diabo tentent de circonscrire le mal et s’adressent aux échelons supérieurs –OPPREGECC et OREPREGECC–, pour qu’ils leur prêtent main-forte. Un arrêté municipal interdisant lesdites sessions, signé par la mairie, peine à être respecté. Mobilisées, la direction régionale des droits humains de l’Est et les autorités régionales partent en renfort. Elles tentent, à en croire Règma KABORÉ, Directeur régional des droits humains de l’Est, des sensibilisations sur « les droits catégoriels » avec les OSC des droits humains et les personnes ressources de la commune pour contenir la saignée. L’objectif est de faire prendre en compte la vulnérabilité des femmes et de garantir l’effectivité de leurs droits universels bafoués. Quelques conciliabules et diverses réunions avec ces forces vives aboutissent à une accalmie précaire. Face aux pertes en vies humaines et la persistance du phénomène, les principaux instigateurs que sont les ‘guérisseurs’ sont sommés de répondre à la justice. Mais, très vite, la réaction de la vox populi ne s’est pas fait attendre. En cerbères, les populations s’opposèrent à l’intervention des autorités et tiennent mordicus à soustraire les mis en cause d’une éventuelle poursuite judiciaire. Mi-décembre, une marche de soutien spontanée aurait même été organisée au profit de leurs « guérisseurs ».

Au premier plan, les responsables de l’OREPREGECC lors d’un cadre de concertation mi-novembre 2021.

L’affaire, qui a pris des proportions inquiétantes, est envoyée « devant les tribunaux mais des concertations continuent pour apaiser la situation », soutient Amidou SORÉ, Secrétaire général de la région de l’Est. « C’est une situation difficile qui met à rude épreuve la cohésion sociale », soupire, quant à lui, Golbert ZOUNGRANA, SG de Diabo. Certains observateurs redoutent même un affrontement communautaire latent entre familles des victimes et les soutiens des tradi-thérapeutes. Un dédale qui embrasserait en effet la cité jadis relativement paisible. Dans un contexte déjà fragilisé par le terrorisme occasionnant un flux de déplacement important de populations, des pratiques rétrogrades de cet acabit ne devraient pas avoir droit de cité. Elles devraient être vigoureusement dénoncées et combattues.

Tûwênd Nooma Jean Damase ROAMBA, Observateur Civitac, Fada N’Gourma

     

 

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