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Culture/Nord : Les acteurs culturels contre vents et marées dans un contexte sécuritaire difficile

Ouahigouya, chef-lieu de la région Nord, regorge des artistes culturels divers. On y trouve des musiciens, des comédiens, des humoristes etc. Ces artistes en herbe multiplient les œuvres au bonheur de la population. Mais cela ne se fait pas sans difficultés. Ce jeudi 6 mars 2023, des artistes, acteurs et fans se sont exprimés dans notre micro sur l’enjeu culturel dans un contexte sécuritaire difficile.

À l’instar de plusieurs autres régions du pays, le nord est confronté à une crise sécuritaire difficile depuis les quatre dernières années. Ces derniers jours, suite à des menaces des hommes armés non identifiés, on note des déplacements des populations des villages environnants vers Ouahigouya. L’étau se resserre donc autour de cette ville. Un couvre-feu avait été instauré dans la région. Tous ces aspects ont amené le ralentissement de certains types d’activités économiques dont la culture. Pour le Directeur provincial de la culture du Yatenga, Valentin ILLY  : « qui parle de musique, parle de regroupement et le contexte sécuritaire ne permet pas ce rassemblement. Il y a eu aussi la COVID-19 qui a impacté le monde culturel.

M. Valentin ILLY, Directeur provincial de culture du Yatenga

Le secteur culturel subit ainsi les conséquences de cette crise sécuritaire qui se traduisent par un ralentissement de l’activité culturelle notamment l’annulation de certains événements et manifestations culturels ; la moindre fréquentation des espaces culturels, etc. « L’insécurité bloque presque tout », a souligné Papa SAVINO, de son vrai nom Inoussa SAVADOGO. « On n’arrive plus à faire des sorties. Mais l’autorité devrait travailler à occuper l’artiste dans un contexte pareil », a renchérit l’artiste Musicien Yassia KAGONÉ, connu sous le pseudonyme de Yass la Référence. C’est un signe de résilience pour lui si cette mesure venait à être prise. L’insécurité impacte négativement alors tout ce qui est comme manifestation artistique et culturelle à Ouahigouya. Hamidou SAWADOGO, appelé Medoss 1er , artiste musicien, explique que : « sans sortie, l’art en général et la musique en particulier ne nourrit pas son homme. Or, si tu produits et tu n’arrives pas à prester, ça ne rapporte pas ».

Hamidou SAWADOGO, appelé Medoss 1er, artiste musicien

Outre de cette difficulté, il y a les inégalités constatées dans la distribution des infrastructures culturelles entre les régions du Burkina Faso. Cela, non seulement freine les opportunités d’accès à la vie culturelle, mais aussi rend moins avantageux l’accès aux moyens de production, de diffusion et de jouissance culturelles dans certaines régions. Papa SAVINO fait ressortir que la région du nord, particulièrement Ouahigouya, ne possède pas une salle de spectacle digne qui répond aux normes. « La salle que nous possédons ici a été construite lors de la fête du 11 décembre, célébrée à Ouahigouya. Mais, le problème est que celle-ci ne répond pas aux normes. Il y a de l’écho et il n’y a pas de chaises. Aujourd’hui même, elle est occupée pour d’autres fins », a-t-il ponctué.

Papa SAVINO, de son vrai nom Inoussa SAVADOGO

Yass la Référence estime que : « tout se joue pratiquement dans la capitale(Ouagadougou). Être dans la capitale est un privilège pour se voir s’arroser de certains avantages tels que l’accès aux structures, aux matériels et mêmes aux affaires musicales  ».

Le manque de formation constitue également un goulo d’étranglement pour les artistes du nord. L’efficacité interne du domaine répond à l’aspect de formation professionnelle. Ba KONATÉ, Président de l’UNAM, du CERMUD et de la Fédération des associations de la filière musique du nord, portant plusieurs casquettes dans le domaine culturel au nord, est sans équivoque. Selon lui : « l’artiste ne peut être compétitif s’il n’est bien formé. La difficulté que rencontre les artistes du nord est surtout le manque de qualification. Je lance un appel à tous ceux qui veulent embrasser le métier de se former au préalable ».

Ba KONATÉ, Président de l’UNAM, du CERMUD et de la Fédération des associations de la filière musique du nord.

La promotion reste aussi un défi pour les acteurs culturels de Ouahigouya. Moctar OUÉDRAOGO, artiste-danseur de la musique traditionnelle et par ailleurs président de la troupe de danse traditionnelle Naaba Kango a relevé que : « la musique et danse traditionnelle au nord souffre de valorisation. Les gens ont peu d’estime pour la musique traditionnelle aujourd’hui. Pourtant, elle constitue notre identité culturelle. ». Il plaide pour un retour aux sources. Pour lui, la musique traditionnelle n’est pas un jeu.

Moctar OUEDRAOGO, artiste-danseur et Président de la troupe de danse Naaba Kango
Musique et danse traditionnelle

Au-delà de la musique traditionnelle, la musique moderne morfle pour manque de sponsoring et de soutiens. La promotion est individuelle à la solde de l’artiste. « La musique au nord est de qualité et nous sommes compétitifs au plan national voir international, seulement, le manque de promotion et d’accompagnement fait que même si tu arrives à produire du bon, ça reste méconnu  », a mis au jour Yass la Référence. Une idée soutenue par son collègue Papa SAVINO qui pense que : « nous faisons des œuvres qui font qu’on a rien à envier chez d’autres. Mais l’insuffisance d’accompagnement et de promotion obstrue les efforts individuels des artistes. »

Yassia KAGONÉ, connu sous le pseudonyme de Yass la Référence

Les acteurs, malgré les difficultés et la situation sécuritaire préoccupante ne se reposent pas sur leurs lauriers cependant. Les artistes tentent de donner du sourire et de mettre du baume dans les cœurs des populations déjà éprouvées par le contexte. Daouda OUEDRAOGO, encore appelé « Madi », humoriste et comédien, pense que : « l’artiste vit aussi du sourire qu’il donne à ses fans en profitant aussi pour passer un message de sensibilisation ». Fatimata OUÉDRAOGO, web humoriste embouche la même trompette en estimant que malgré les critiques négatives qu’elle reçoit quotidiennement, elle a le courage de continuer parce que c’est sa passion.

Daouda OUEDRAOGO, encore appelé « Madi », humoriste et comédien en compagnie de sa binôme de travail.

L’art nourrit aussi son homme. La plupart des artistes interrogés se disent vivre de leur art malgré les difficultés. « On ne se plaint pas assez », disent-ils. Pour faire face aux enjeux, l’organisation d’évènements tels que des festivals sont des perspectives. Le sponsoring, le mécénat, la construction d’un espace de diffusion s’avèrent également nécessaires selon le Directeur provincial de la culture. «  Le soutien des collectivités pour la promotion de la culture en est une perspective à explorer », a suggéré le Directeur provincial. Pour ce dernier, beaucoup de sentiers sont en vue pour la promotion de la culture au nord.

Dans notre micro certains consommateurs pensent par ailleurs que la prédominance des artistes étrangers plombent sur les artistes du terroir. « On ne joue que de la musique ivoirienne dans ce maquis  », a laissé entendre avec désarroi Yves OUÉDRAOGO autour de sa bouteille dans un maquis de la place. Pour d’autres, c’est parce que les artistes locaux ne produisent pas ce que les populations veulent. « Si au lieu par exemple de s’appuyer sur nos anciens, on part calquer un modèle qui n’est pas le nôtre, il va de soit qu’on échoue  », a relevé Karim GANSONRÉ, commerçant aux encablures de la voirie. Pour certains cependant, les artistes de Ouahigouya en particulier et du Burkina Faso en général font des meilleures œuvres. « C’est le complexe qui fait que nous préférons les artistes étrangers, sinon ici à Ouahigouya comme ailleurs dans le pays par exemple, les artistes font de bonnes musiques. La comédie aussi, il y a des humoristes qui remplissent des salles », a soutenu Adama PORGO, auditeur de radio.

De façon générale, les artistes et acteurs expliquent que le développement et l’épanouissement culturel ne peuvent se réaliser dans un contexte sécuritaire difficile. C’est pourquoi, l’ensemble des personnes interrogées ont passé le temps a prêché pour le retour de la paix, socle de tout développement.

Abdoulaye OUÉDRAOGO, Observateur Civitac, Ouahigouya

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