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Promotion de la Paix dans le Centre-Nord : le rôle déterminant des radios à Kaya

La paix, valeur, effritée ces dernières années suite à la crise sécuritaire et humanitaire que traverse le Burkina Faso. Œuvrer à sa recherche préoccupe plus d’un. A l’instar d’autres structures, les radios communautaires à Kaya s’y investissent au quotidien. De la radio Manegda à la radio Zama FM en passant par la radio confessionnelle Notre Dame de Kaya, le constat est le même : les programmes résilients et axés sur la paix et la cohabitation pacifique occupent plus de 50% de la grille.

A l’instar d’autres régions, le Centre-Nord est fortement touché par la crise sécuritaire avec 493 954 (23,9% du nombre total au Burkina) Personnes Déplacées Internes (PDI) à la date du 31 mars 2023 (CONASUR). Un nombre important de PDI qui n’est pas sans conséquence sur la cohabitation pacifique et la paix.
Dans ce contexte difficile, les radios, elles-mêmes touchées par la crise, jouent un rôle déterminant. D’où les questions qu’on peut se poser : Quel a été l’impact de la crise sur les programmes des radios ? Que font les radios en matière de promotion de la paix et le vivre-ensemble ? Quel pourcentage occupent les programmes en lien avec la paix et quels ont été les résultats ? Ce sont autant de question qui sont abordés avec acteurs et auditeurs des médias communautaires de Kaya.

Issaka SAWADOGO est le chef de programmes de la radio Zama FM de Kaya. Pour lui, la crise sécuritaire a impacté les programmes radio surtout le rétrécissement du rayon d’action. « L’avènement de la crise a eu un impact significatif sur nos activités car nous ne pouvons plus jouer pleinement le rôle communautaire, avec le rétrécissement de la zone d’action », a-t-il déclaré. Un impact qui ne se limite pas seulement aux activités mais aussi à la réorientation des programmes de la radio Zama FM selon son chef de programmes. « Nous avions également revu notre grille de programmes pour mettre l’accent sur les programmes en lien avec la promotion de la paix et du vivre-ensemble. En lieu et place des émissions débats, nous avions remplacé par des émissions de sensibilisation que nous animons avec les leaders, une manière pour nous d’apporter notre contribution à la recherche de la paix dans notre province », explique Issaka SAWADOGO. A titre illustratif, le chef de programme nous donne le contenu de l’émission « Paix et Développement », qui fait la fierté des auditeurs de la radio Zama. « L’émission donne la parole à toutes les couches sociales à savoir le chefs coutumiers et religieux, les leaders de femmes, jeunes et les sages, qui partagent leurs expériences sur la prévention des tensions, les mécanismes endogènes de prévention et gestion des conflits, les exemples de vivre-ensemble… » « Elle passe de façon hebdomadaire et est très prisée par les auditeurs qui nous font le retour à travers leurs appréciations », s’est-il réjoui.

Issaka SAWADOGO, Chef de programmes radio Zama FM

Un langage adapté

Du côté de la radio confessionnelle Notre Dame de Kaya, le constat est le même. L’Abbé Alexis Kouka OUEDRAOGO est le directeur de cette radio. Il déplore également le rétrécissement de leur rayon d’action et l’arrêt de certaines émissions dans les programmes de la radio. « Nous sommes limités car nous n’avons plus la possibilité d’envoyer des reporters dans certaines zones de Kaya », a-t-il lancé. « En ce qui concerne les programmes, certaines de nos émissions ont été remplacées par des émissions en lien avec la paix, la cohésion sociale et le vivre-ensemble, une façon de répondre aux besoins du moment, au regard de la présence des personnes déplacées internes dans la ville. C’est ainsi que les émissions ‘’Appels sur l’actualité’’ ont été remplacées par des microprogrammes de sensibilisation », a expliqué Abbé Ouédraogo qui cite les émissions comme, « Id gom mooré » ou parlons mooré, « Rakiré » qui ne passent à l’insu des auditeurs.

« L’émission Rakiré passe les jeudis à partir de 20h00 et ouvre l’antenne aux parents à plaisanterie qui s’amusent en direct à travers des versions de traitant d’esclaves, de gourma, …. Et c’est vraiment une manière de contribuer à la cohésion sociale », lance Abbé OUEDRAOGO.

Abbé Kouka Alexis OUEDRAOGO, Directeur de la radio Notre Dame de Kaya

Pour ne pas exacerber la crise, les acteurs sont obligés d’adapter leurs langages pendant leur animation, selon Alexis Ouédraogo, à travers des expressions sensibles aux conflits. « Vous n’allez jamais entendre parler de djihadisme ou terroriste mais plutôt les « Tansobin-Soodsés » pour désigner les « combattants cachés » ou encore les « Weooga-Ramba » les « propriétaires de la brousse » en langue mooré.

La radio Manegda qui émet sur la fréquence 99.40 à Kaya et 100.5 à Barsalogho, a, quant à elle, renforcé sa grille de programmes qui prenait déjà en compte les émissions de promotion de la paix, la cohabitation pacifique et le relèvement des communautés, qui occupent plus de 60% de ses programmes. Sur fonds propres ou avec l’appui de ses partenaires, cette radio qui diffuse sur 2 fréquences, fait de son mieux pour apporter sa touche à la paix tant recherchée dans la province du Sanmatenga. Ce que laisse entendre son directeur général, Souleymane Ouédraogo. « En tant que radio communautaire, et comme notre slogan, « radio au service de développement », nous avons juste renforcé notre grille car nous étions déjà dans la dynamique depuis la création », explique Souleymane OUEDRAOGO. Pour lui, la radio Manegda dans son élan de contribuer au développement a bénéficié d’une fréquence relais 100.5 FM à Barsalogho pour diffuser des messages humanitaires et de promotion de la paix au profit des communautés des zones de Pensa, Dablo, Namissiguima et de Yirgou d’où a eu lieu des massacres en 2019.

Souleymane OUEDRAOGO, Directeur général de la radio Manegda de Kaya

« Sur cinq (05) émissions au programme, on peut avoir 3 à 4 émissions en lien avec la paix, la cohésion sociale et le vivre-ensemble. Aussi, nous avons supprimé les émissions comme ‘’antenne direct’’, ‘’revue de presse’’ et ‘’widga’’ (critique) pour ne pas envenimer la situation avec les langues fourchues », a lancé le directeur général.

Des programmes qui ont eu des résultats positifs selon Souleymane Ouédraogo. « Nous avons de noyaux relais et des clubs d’écoute qui se sont déplacés et qui sont dans les sites, qui nous remontent souvent des cas de tensions, que nous traitons à travers des émissions que nous initions sur le sujet avec les services techniques en charge des questions humanitaires pour résoudre ces tensions », explique le directeur général. « Si je prends l’exemple de l’émission « Sagl-taaba », conseils, qui passe tous les lundis de 20h00 à 21h30 minutes, elle est fortement suivie par les auditeurs de toutes les contrées qui appellent pour donner des conseils aux jeunes sur des sujets en lien avec le vivre- ensemble, la paix et la cohésion sociale », lance Souleymane OUEDRAOGO. « C’est une émission au cours de laquelle, l’animateur propose un thème et les auditeurs appellent en direct pour donner leurs conseils ».

Si les radios n’existaient pas…

Des résultats fortement appréciés par les auditeurs des différentes radios de la place. Jérémie SAWADOGO est un auditeur de la radio Manegda. Originaire du village de Basma dans la commune de Barsalogho, Jérémie s’est déplacé à Kaya avec sa famille. Il apprécie la contribution des programmes radios à la promotion de la paix, le vivre-ensemble et la cohésion sociale. « Nous écoutons la majeure partie des émissions radio et j’avoue que les radios font un important travail dans le domaine de l’éveil des consciences, en matière de la cohabitation pacifique entre nous PDIs et nos hôtes. Si je prends l’exemple de l’émission Sagl-Taaba de radio Manegda, Id gom-Mooré de radio Zama et Rakiré de radio Notre Dame, ce sont des émissions qui ont contribué à consolider les liens de parenté », s’est réjoui Jérémie SAWADOGO. Il encourage les responsables des médias à continuer dans leur lancée en vue de renforcer la paix au sein des communautés affectées.

Jérémy SAWADOGO, auditeur

Comme lui, Yembila SAWADOGO est auditrice résidente au secteur 6 de Kaya. Déplacée interne de Pissila, elle estime que si les radios n’existaient pas, la crise allait prendre une autre tournure car la population allait se fier aux rumeurs et informations de la rue.
« Si les radios n’étaient pas impliquées dans la diffusion de messages de paix, c’était grave pour nous personnes déplacées internes de pouvoir retrouver parfois les lieux de distribution de vivres. Grâce à l’émission Rakiré, plusieurs familles se sont ressoudées. Aussi, les communiqués ont permis à nous PDIs de retrouver nos parents perdus de vue dans la fuite », a-t-elle justifié.

Yembila SAWADOGO, auditrice

Rappelons que la province du Sanmatenga qui regroupe 11 communes, dispose de 6 radios dont 02 commerciales, 02 communautaires avec un relais, 01 confessionnelle et 01 publique. Depuis la dégradation de la situation sécuritaire, chaque radio, en ce qui la concerne, a procédé à la réorientation de ses programmes pour intégrer les questions humanitaires et de vivre-ensemble à travers des émissions d’orientation des personnes déplacées internes et communautés hôtes à promouvoir la paix et la cohésion sociale.

Tibgouda Samuel SAWADOGO

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