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Carrière de Pissy : une vie de labeur inscrite dans le marbre

La carrière de Pissy est un lieu d’exploitation de granit qui existe depuis la période coloniale. Ce site chargé d’histoires tristes est le lieu de rendez-vous du destin des aventuriers, des veufs, des veuves, des orphelins et de ceux qui ont été mis au ban de la société. Le constat sur le site témoigne du désespoir ambiant de ceux qui y travaillent. Contre vents et marées, ce site a survécu à la volonté manifeste des autorités et des populations voisines qui voulaient sa fermeture.

Madame Adissa WANDAOGO est vendeuse de riz et concasseuse de granit à la carrière depuis 1992. « Il y a vingt-sept ans que je travaille ici. Je suis venue trouver un vieillard et une dizaine de personnes. Mais le vieillard a disparu avec le temps ». Ce vieillard était visiblement la mémoire de ce site. Depuis lors, les travailleurs ne cessent d’affluer de toutes les contrées du pays à la recherche du pain de survie.

Grâce à ses activités à la carrière, Adissa arrive à nourrir sa famille.

C’est ainsi que le site a commencé à enregistrer un nombre important de personnes et les chiffres ne cessent de croître au fil des jours et des ans. Omar KONGO, un des plus âgés du site, nous explique sa mésaventure : « Moi, je suis un aventurier et j’ai beaucoup voyagé, à tel point que j’étais fatigué. J’ai même failli mourir. J’ai été jusqu’au Nigeria pour travailler et nous avons été rapatriés. De retour au pays je suis venu travailler ici jusqu’à aujourd’hui. En tout cas j’arrive à manger. »

La carrière de granit est un site de dernier recours. On y va quand on n’a nulle part où aller, quand on a tout perdu. C’est sur ce site que hommes et femmes viennent exprimer le paradoxe de la vie. Se tuer à petit feu pour espérer vivre quelque temps de plus. En exemple, de nombreuses femmes sont venues travailler sur la carrière parce qu’elles ont perdu leurs époux dans la guerre civile qui a éprouvé la Côte d’Ivoire.

4 000 personnes versent ici journellement et sueur et sang à la recherche de la pitance quotidienne.

La pollution de l’air
La carrière a suscité et continue de susciter des mécontentements de la part des populations environnantes. Les pneus brûlés qui sont utilisés dans l’explosion du roc contribuent à polluer l’air aux alentours du site. Cette situation engendre des risques d’intoxication et des problèmes de santé pour les populations de cette partie de la ville. A plusieurs reprises les habitants du quartier et les élèves des établissements voisins ont battu le pavé pour demander la fermeture du site. Les services tels que la Société nationale burkinabè d’hydrocarbures (SONABHY) et la Gendarmerie de Boulmiougou ne s’en sont pas moins plaints.

« L’ancien maire de la commune de Ouagadougou, Simon COMPAORÉ, a même procédé à des arrestations et il a fallu l’intervention des militaires pour que nous soyons relaxés. Nous avons aussi été convoqués à la Gendarmerie de Boulmiougou. Les mots nous manquent pour remercier les militaires car ils nous ont beaucoup aidés », nous confie toujours Omar KONGO.

L’histoire de la carrière de Pissy
Situé à l’ouest de la capitale Ouagadougou, à quelques encablures de la RN 1, la célèbre carrière de Pissy se trouve entre le camp Général-Sangoulé-LAMIZANA et la SONABHY. La carrière de granit de Pissy s’étend sur plusieurs centaines de mètres de long et 70 mètres de large avec une fosse d’environ 60 mètres profondeur.

La carrière existe depuis la période coloniale du temps du premier gouverneur de la Haute-Volta Édouard Hesling, c’est-à-dire depuis le début du XXe siècle. A cette période la carrière était exploitée par les colons avec les équipements semi-artisanaux. Quelles sont les raisons qui ont prévalu à l’exploitation de cette carrière ?

Vue aérienne de la carrière.

Nos recherches sur le gouverneur de l’époque Edouard Hesling ont montré que, sous son impulsion, la Haute-Volta a connu une transformation de sa capitale Ouagadougou. Ce qui était un village est devenu une ville par la construction d’avenues, de bâtiments administratifs, la construction de routes. A cet effet, plusieurs témoignages indiquent que les granits de la carrière de Pissy ont été utilisés dans la construction des toutes premières infrastructures comme les goudrons de la capitale et du pays.

Après les indépendances, l’opérateur économique Oumarou KANAZOÉ s’est lancé dans l’exploitation et le transport des matériaux de construction, dont le granit de la carrière de Pissy. Selon Omar KONGO, qui travaille toujours sur cette carrière, « c’est avec le matériel laissé par les Blancs que Oumarou KANAZOÉ va continuer l’exploitation ».

Omar Kongo est sur ce site depuis plus d’une quinzaine d’années.

Après ce dernier, la carrière de Pissy sera livrée à elle-même. Depuis lors, le site accueille des hommes et des femmes venant de divers horizons du Burkina Faso. Il y a même eu une célèbre chanson de l’artiste Maurice SIMPORÉ à l’honneur de ce site, dont le titre est Ballolé.
« Je vais chercher du travail à Ballolé, Ballolé de Pissy, Ballolé de Ouagadougou (...) », a fredonné l’artiste. Cette chanson évoque la carrière de Pissy, quand le monde affluait de part et d’autre pour chercher leur pitance quotidienne.

A la carrière, la misère n’a pas de visage ni d’âge...
De nos jours, il y a environ 4 000 personnes qui y travaillent. Tous les jours, ils sont nombreux enfants, hommes et femmes sans équipements de protection qui font le déplacement à la carrière dans l’espoir d’en repartir avec de quoi vivre. Ces personnes, qui déjà tirent le diable par la queue et travaillent dans des conditions infernales dignes du Moyen-Âge, défiant tous les dangers, finissent par disparaître dans le silence et l’anonymat le plus complet.

Arnaud Fidèle YAMÉOGO et Jean Damase ROAMBA

     

 

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